Dehors, il fait presque nuit. Les enfants sont couchés et les bisous, un peu spéciaux ce soir, ont été donnés. Demain Leia retrouve sa vie de collégienne et Rémi sa nouvelle maîtresse qu'il a vu ce soir à la sortie de l'école. Elle est très gentille et son sourire m'a affirmé que mon petit garçon passera sans aucun doute, encore une chouette année.
Demain, lorsque je franchirai la porte d'entrée sans lui, je sais déjà que le vide qui viendra me prendre juste là, me parlera aussi de liberté. Cette année, je n'ai pas envie de culpabiliser parce que je fais partie des mamans heureuses d'avoir déposé un dernier baiser sur la joue de son petit garçon en pensant: « A moi la liberté!. » Cette liberté, un peu étourdissante au début, je veux la dévorer, la croquer à pleines dents. Je sens déjà que ses trois heures accordées vont me sembler très courtes aussi, qu'il me faudra plusieurs matinées pour être rassasiée et j'ai déjà fixé mes priorités.
Ce matin, avec beaucoup d'émotions dans la gorge, je lui ai confié mon envie d'aller droit au but, je lui ai parlé des chevaux et je lui ai dit que je pensais réellement pouvoir enfin me trouver et peut être même « m'accomplir »aussi. Je déteste ce que j'ai fabriqué de ma vie et je n'aime pas encore ce que le miroir me reflète aujourd'hui. Je voudrais malgré tout essayer encore, une dernière fois, vivre toute entière. Je ne sais pas encore comment je vais m'y prendre, mais la mèche a été allumée le jour des feux d'artifices de cet été. J'ai tourné le dos aux sucrés et aux excès parce que je devais commencer par rendre à mon corps sa légèreté et en lui donnant ce qu'il me suppliait tant, j'ai trouvé une énergie nouvelle, les ailes de ma jeunesse, ses envies et sa nostalgie aussi.
Il faudra du temps encore pour y voir clair et beaucoup de temps aussi parce que les gros efforts à fournir me démoralisent encore trop souvent mais je sens cette petite flamme venir me chauffer tout l'intérieur, le dedans de mon moi . Peut être que je suis prête, ou presque...
J'ai deviné ou il fallait aller et dès demain, je vais essayer de marcher là ou le vent m'a poussée. Demain, c'est le jour de la rentrée pour les deux derniers de la fratrie et demain j'ai bien envie de déposer sur le calendrier ce petit grain de sable pour marquer, peut être le début d'une nouvelle année, un peu plus grande moi aussi.

