C'est le troisième été que nous passons dans cette maison. Trois étés que je le harcèle:
« Il y a trop d'arbres dans le jardin, il faut en couper ».
Trois étés que je le déteste et que j'affiche sur mes humeurs:
« Il n'y a rien pour moi ici »
Il y a eu en première ligne de mire: le noisetier. Il est énorme et en automne je suis terriblement frustrée de ne pas atteindre ses fruits beaucoup trop hauts. Il masque une grande partie du pré et il cache nos chevaux que j'adore regarder vivre, par dessus tout ici. Lui, me parle de souvenirs d'enfance et de soleil trop chaud...
Ensuite, j'ai tenté de faire pousser un potager, deux années de suite. En carré et puis au ras du sol, plus traditionnel. Partout aux alentours, les légumes poussaient à merveille avec une large avance sur les miens. Il m'a souvent suggéré d'aller demander aux voisins le secret de leur réussite ce qui avant pour don d'attiser le feu déjà brûlant. Je lui répondais à chaque fois que ce n'était pas la peine, je savais parfaitement d'où venait le problème.
Les frênes poussent comme les mauvaises herbes ici. Ils sont tout autour et d'une hauteur assez impressionnante pour la plupart. J'adore les prunes, les pruneaux comme on dit par ici. Nous en avons en grande quantité, sauf que leurs fruits on le goût d'un manque de soleil certain et je suis certaine qu'ils pourraient être plus gros s'ils n'avaient pas de voisins. Il y a celui juste à l'angle de la porte grillagée, entre pré et jardin, entre la maison des humains et celle des équidés. Celui là, je l'aime beaucoup, il me rappelle des souvenirs d'été à moi et j'adore sa forme. Je voudrais vraiment que rien ne vienne l'empêcher de me donner le meilleur de son sucré. Pour lui, je vais encore discuter du frêne, j'ai vraiment peur pour mon bébé-cerisier même si j'avoue que cette année, il m'a gâtée de petits fruits rouge juteux et sucrés.
Nous étions assis tous les deux sur la balancelle et Rémi profitait de sa balançoire et de l'attention que nous lui portions. L'église a sonné sept fois, c'était bientôt l'heure de dîner mais c'était l'occasion pour un apéro, j'en avais très envie et eux aussi.
Je lui ai avoué: « tu as raison tu sais, c'est une très bonne idée de garder les arbres. »
Son sourire affiché n'a pas manqué de me flanquer une bonne leçon...
Sans eux, je ne pourrais pas écrire ce billet dans le jardin, accompagnée du bonheur que m'offre l'ombre du noisetier. Je sens juste sur la peau le petit vent tout doux qui vient aider à lutter contre la chaleur de la saison. Sans eux, je ne pourrais pas m'offrir de récréations, par ci ou bien par là, au gré de mes plaisirs dans le jardin, de mes humeurs aussi. J'ai envie de peinture colorée sur les tables rondes. Une couleur sous le pommier, une autre sous le saule et encore une sous le noisetier et même sous le seringat.
Les clapiers auront besoin eux aussi d'une bonne protection. J'ai déjà repéré un gros pied de vigne que j'imagine laisser courir sur le béton des cages et du lierre aussi. Le petit noisetier que j'ai découvert avant hier fera un beau parasol, je ne vais certainement pas lui demander de le couper.
Il y a cette petite forêt que forment tous les arbres au fond du jardin et qui était rien que pour lui lorsque nous sommes arrivés ici. Doucement, c'est devenu un lieu pour son fils aussi avec l'idée de construire une cabane, celle qu'il aurait adorée petit. Aujourd'hui, je l'ai apprivoisée et j'aime ce qu'on y trouve dedans. C'est vrai qu'on dirait une petit forêt.
« ce serait une bonne idée de refaire le toit de cette petite maisonnette tout au fond. Tu crois que tu saurais fabriquer son mobilier tout en bois ? Ce serait la cabane du bûcheron, ce serait rigolo comme chambre à coucher pour nos invités ou pour celui d'entre nous qui aurait besoin de solitude»
J'ai bien envie aussi d'offrir un bout de la petite forêt à mes lapins pour leur amusement dans les feuilles mortes en automne, la fraîcheur en été et un peu de douceur en hiver.
Il avait raison de ne pas se presser et surtout d'insister, de ne pas céder aux ardeurs parfois diaboliques de sa moitié. Si l'idée d'un potager revient me titiller, je lui offrirai une place ensoleillée dans le pré.