J'ai réussi ce que j'imaginais impensable depuis quelques semaines. J'ai fini par vaincre la peur de l'échec., en tous les cas, pour ce coup là. Aujourd'hui, j'ai conduit ma jument juste avec le corps, sans aucun mot, juste les mouvements pour dire. Certes un peu gauche et sans doute brouillon aussi, mais totalement muette de son.
« Après tout, elle ne parle pas humain, je ne parle pas cheval mais nous savons parler toutes les deux les gestes. »
Dans ma peau, j'ai senti mes veines se gonfler doucement de cette certitude là. Pour chaque déplacements des antérieurs ou des postérieurs, je l'ai guidée au dessus de la barre, sans lui toucher un seul de ses poils. Mon corps et ma pensée ont demandé et l'incroyable s'est accompli. J'ai touché une nouvelle dimension, peut être la sienne ou tout simplement la notre. Éphémère, qu'importe puisque je l'ai rencontrée.
Je suis rentrée complètement étourdie, impressionnée de ce que je venais d'accomplir. Je n'ai rien dit parce que je voulais attendre le lendemain pour recommencer, vérifier.
Je me suis trompée, j'ai tout raté sous le regard de ma moitié et je n'ai presque rien avoué des sentiments qui me dévoraient dans le dedans de moi. Je n'ai rien jeté. J'ai recommencé et j'ai franchi une nouvelle fois le seuil du paradis.
Le vrai apparaît, j'ai appris pendant deux jours qui je pouvais être ou qui j'étais... peut être. Je comprends mes gestes au quotidien et je vois ce qui habille celle que je suis toute la journée. Mes idées sont mélangées encore, mais je saisie l'essentiel et j'ai deviné ce qui me brise lorsque l'être humain condamne, accable et dévalorise. Je me reconnais encore fragile et je n'irais plus me frotter à ces individus tant que je n'aurai pas trouvé le chemin changeant cette vulnérabilité.
Tylwyth est celle que j'ai choisie pour devenir ma jument de randonnées, celle que j'imaginais galoper dans les près ou avec ma moitié à nos côtés dans d'immenses forêts, assise tout en haut, sur une selle western, parce que je trouvais ça "trop beau"...
Je ne savais pas puisque je ne connaissais pas la réalité de cette existence là et je n'aurais pas su l'inventer non plus.
J'ai vu des spécialistes, ils m'ont parlé d'enfance et de reconnaissance, de différence aussi, mais aucun d'eux ne m'a chuchoté qui j'étais réellement. Tylwyth a su le faire. Depuis qu'elle partage ma vie ici, elle s'est battue pour me sortir de l'ombre. Je lui ressemble, elle me ressemble beaucoup aussi.
Ce qui est fantastique, c'est l'éternel recommencement qui s'accomplit chaque fois que je vais dans le pré. La passion qui m'embrase est le moteur de notre relation, la peur qui m'a longtemps dévorée est devenue une force extraordinaire. Tylwyth est le miroir de mon existence, je suis convaincue aujourd'hui que c'est auprès d'elle que j'apprendrai qui je suis réellement et qu'en remerciement, je saurais être à la hauteur de son existence.




